• Du haut de votre étoile, vous contemplez la Terre. Vous souriez tous les deux, vous êtes fiers. Puis, tout à coup, tu te souviens : aujourd'hui, tu aurais eu un an de plus.

    Nous, d'en bas, on pense à vous. On lève la tête vers le ciel. On cherche votre étoile. Mais laquelle est-ce ? Pour moi, c'est celle qui brille le plus. Dans un murmure, je parle au ciel. Je lui souhaite un bon anniversaire.

    Du haut de votre étoile, vous entendez la Terre. Mon murmure arrive à vos oreilles. Dans un sourire, vous nous remerciez en silence.

    Du haut de votre étoile, vous êtes heureux.

    Nous, d'en bas, on pense à vous.


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  • Voici le conte d'Appelo Mortem, écrit pour ce forum. Je tiens à préciser que l'idée de base n'est pas de moi. Je n'ai fait que réécrire le conte.

    Il était une fois, il y a fort longtemps, un sorcier très puissant qu’on appelait Merlin. Ce sorcier, reconnaissable de tous grâce à sa longue barbe blanche et à ses lunettes en demi-lune, était considéré par beaucoup de ses contemporains comme le plus grand sorcier que la Terre aie jamais porté. Il pouvait, disait-on, faire des miracles avec sa baguette, il avait le don de créer de la matière et de donner vie à des objets. Sa puissance lui créa beaucoup d’ennemis, mais aucun ne parvint à la vaincre. Merlin était toujours meilleur que ses adversaires. Alors, les jaloux cessèrent de l’attaquer et cherchèrent des moyens détournés pour l’atteindre. Ce qu’ils ne savaient pas, c’est que se serait Merlin lui-même qui leur offrirait une occasion en or.
    En effet, le vieux sorcier, sachant qu’un jour ou l’autre, le mort viendrait le prendre, réfléchit bien longtemps et s’enferma des jours et des jours entiers. Les gens pensaient que la vieillesse avait réduit ses capacités et qu’il était devenu fou. Pendant des semaines, Merlin ne quitta pas sa demeure. Certains le croyaient disparu. Mais un jour, Merlin sortit précipitamment de chez lui, un gros grimoire à la main. Il hurla partout qu’il avait trouvé le moyen de vaincre la mort. Ses déclarations firent grand émoi parmi les sorciers et sorcières. A nouveau, on le crut devenu fou. Ses adversaire lui reprochèrent d’avoir écrit dans un livre un savoir dont il ignorait même jusqu’à l’origine.
    Mais les sorciers et sorcières s’arrachèrent cet ouvrage, poussés par la crainte de la mort et amusés par la prétendue folie du vieux sorcier. Tant et si bien que le livre fut un succès insoupçonné. Tous les sorciers découvrirent en même temps la formule mise au point par Merlin pour ressusciter les morts. Certains voulurent faire emprisonner Merlin, mais personne ne les écouta. Qui voudrait faire emprisonner l’homme qui avait amené le bonheur sur Terre ?
    Car le Livre des Morts avait permis à de nombreuses familles de retrouver un grand-père, une grand-mère. Dans certains cas, le Livre permit même à des enfants de revoir leur mère partie trop tôt. Certains rappelaient les morts pour s’en faire des esclaves, réduisant leur peine au travail et leur permettant d’être plus heureux. En contrepartie, ils leur avaient rendu la vie, ce qui créa beaucoup d’amitiés entre les morts et les vivants. La Mort n’effrayait plus personne, désormais. Car son baiser n’était plus définitif, et les gens l’accueillaient plutôt comme une amie qui n’était que de passage.
    Bien sûr, tous les sorciers n’exécutèrent pas les rites correctement. Plusieurs trouvèrent la mort en tentant de ramener ceux qu’ils aimaient, certains étaient blessés dans des explosions qui ravageaient leur maison. Mais rien ne semblait plus grave. Les morts étaient ressuscités, les maisons réparées.
    Pourtant, un beau jour, tout bascula. Un jeune adolescent, qui venait de perdre sa fiancée, tenta de la ramener à ses côtés, le cœur rempli de chagrin. Nul ne sut jamais l’erreur qu’il commit, mais son cœur meurtri cessa de battre à l’instant même où il commençait à réciter la formule. Son corps tomba, inanimé, sur le sol. Mais sa mort ne fut pas la seule conséquence de son échec. La formule, mal utilisée, avait déchiré le tissu du temps qui séparait la vie de la mort. Une brèche invisible s’ouvrit dans les frontières de la nature.
    Alors, les morts quittèrent leurs tombes. Les esprits se multiplièrent. Personne, pas même Merlin, ne parvint à limiter leur invasion. Les morts retournaient à la vie, tantôt sous une forme corporelle, tantôt sous une forme fantomatique. Le monde des vivants ploya bientôt sous leur poids. Les assassinés se vengeaient de leurs assassins. Les trahis retrouvaient les traîtres. Les jaloux se débarrassaient des amants. Le monde sombrait dans le chaos.
    Merlin décida alors de réagir. Avec d’autres sorciers, il travailla jour et nuit à réparer les erreurs que son sort avait commises. Il ordonna avec sérénité aux morts de s’en retourner dans leurs tombeaux. Il se mit à la tâche, aidé de plusieurs dizaines de sorciers, et parvint enfin à remettre de l’ordre dans le monde. Merlin décida alors de récupérer chaque exemplaire de son livre et de le détruire. Les Hommes n’étaient pas assez sages pour détenir un tel savoir. La chasse fut longue, mais Merlin parvint à détruire tous les exemplaires de son livre de malheur.
    Quant à son exemplaire, l’originel, il écrivit quelques mots sur sa première page, puis lui infligea mille et un sortilèges, avant de le cacher dans un endroit où personne ne le trouverait jamais.
    Malgré tout, la brèche entre les deux mondes ne se referma jamais vraiment, faisant peser sur le monde, tel une épée de Damoclès, un retour éventuel des morts. Certains esprits, dévoués, choisirent de devenir les gardiens de la Brèche, renonçant ainsi au repos éternel pour le bien de tous. Ces êtres, ni vivants ni morts, nous les appelons aujourd’hui encore les fantômes.


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  • Je me souviens, quand j’étais petit.  Je pensais que les gens s’en allaient et partaient visiter le monde. Je pensais que, lorsqu’ils auraient vu tous les pays, ils partaient visiter l’espace. Je pensais qu’ils s’arrêtaient sur une étoile et qu’ils s’y installaient. Alors, ils allumeraient la lumière, et qu’ils l’entretetiendraient, pour toujours. Parfois, on voit les étoiles scintiller : c’est lorsque les gens qui sont partis quittent leur étoile pour aller dire bonjour à leurs voisins. Pour se raconter ce que ceux qui étaient restés sur Terre faisaient. Puis, lorsqu’ils ont épuisé leur conversation, qu’ils se sont bien amusés, ils s’en retournent sur leur étoile et recommencent à en entretenir la lumière.

    Puis j’ai grandi, et j’ai appris qu’ils mourraient. Que leur corps disparaissait, qu'on ne les voit plus, plus jamais. Il n’en reste que des portraits.

    Quand tu es mort, aucune étoile ne s’est allumée.

    Tu es allé retrouver celle que tu n’as jamais pu oublier.

    Vous partagerez son étoile pour l’éternité.


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  • Il y a des jours, comme ça, où l’envie de prendre toute notre vie et de la balancer par la fenêtre est très forte. La plupart du temps, on respire un bon coup, on prend sur soi, et on continue d’avancer. C’est ce qu’on nous répète tout le temps : bats-toi, relève-toi, passe au-dessus et continue à vivre. Le temps guérit toutes les blessures, à ce qu’on dit. Demain, ça ira mieux. Mais pour quelle raison ? Pourquoi demain irait-il mieux ? Demain, les mêmes problèmes se poseront. Pourquoi aurions-nous la force de les surpasser plus qu’aujourd’hui ?

    L’Homme ne vit que dans le passé. Et dans le futur. L’Homme ne vit pas dans le présent. Car le présent est fade, morne et sans intérêt. Le présent ne nous offre qu’un instant furtif et rapide. Lorsque nous vivons le présent, nous ne pouvons savoir si nous vivons un moment dont on se souviendra. Car le présent n’existe pas en lui-même : il n’est que regret du passé et espoir du futur. Le présent en lui-même n’a de valeur que comparé au passé, aux souvenirs, bons ou mauvais, et au futur, et tous les espoirs qu’il porte. C’est pourquoi, quand l’Homme est insatisfait de son présent, il pense en pleurant à son passé, et attend avec avidité son futur. Et en attendant, il tente de noyer le présent.


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  • Un coffre en bois.

    Dedans, je ne sais quoi.

    Des vieux machins,

    Souvenirs taquins.

     

    Une boîte en fer.

    Dedans, hier.

    Des souvenirs

    Qui font souffrir.

     

    Une boule de chair.

    Dedans, des personnes chères.

    Cette boîte, pleine de bonheur

    S’appelle le cœur.


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